Industrie métallurgique et protestantisme
dans les Pyrénées-Orientales :
l’exemple des sociétés Holtzer à Ria
1859-1909 (suite)

IV – Les relations sociales dans l’entreprise

1. Protection sociale : logements et sociétés de secours

Entre 1861 et 1865, en période d’organisation de cette industrie de la fonte par les élites protestantes, le commissaire de police n’est pas sans constater une amélioration à la fois des conditions de vie et de la morale : «  il y a deux hauts fourneaux installés dans cette localité. Ils ont amélioré la position de cette malheureuse population. Aujourd’hui elle trouve du travail tandis qu’auparavant, elle se livrait à la mendicité et aux jeux des cabarets. » ou encore : «  Il n’y a pas de commerce dans cette localité, mais les hauts fourneaux qui s’y sont installés occupent une grande partie de la population. C’est ce qui a amélioré la position des habitants, vu qu’auparavant, il y avait beaucoup de mendiants ». En définitive : « Le bien-être se fait sentir de jour en jour. Le sort de cette malheureuse population est par le fait de cette industrie parfaitement assuré1 ».

Dans le cadre de la fixation et du maintien de leur main d’œuvre, les pratiques paternalistes développées par les dirigeants de Ria sont, dans leurs choix, identiques à celles développées par les Holtzer dans la Loire. Les sociétés Holtzer oeuvrent à Ria dans deux directions : le logement et le secours en cas d’accident et de maladie. Ces pratiques paternalistes ont pour but non seulement de fixer la main-d’œuvre, mais également d’en accroître la productivité.

Les premières initiatives concernent le logement ouvrier. C’est en milieu rural que les questions de logement apparaissent les plus indispensables à résoudre aux compagnies minières et métallurgiques. A titre d’exemple, Pierre Frédéric Dorian fait construire pour les ouvriers de son usine de faux de Pont-Salomon des logements et des écoles. A Unieux, les ouvriers sont également logés dans des maisons que l’aciériste Jacob Holtzer a fait construire2. Par contre, les houillères de St Etienne se préoccupent moins de cette question, « dans la mesure où le bassin stéphanois exploite principalement sous des zones urbaines3 ». En l’absence de forts centres de population, en particulier dans le massif du Canigou, l’ensemble des sociétés minières est amené à y programmer des logements ouvriers. En ce domaine, la société Holtzer et Jacomy est pionnière sur la commune de Ria: « Nous avons construits quatre logements pour les ouvriers et une petite maison pour les grilleurs4 », indique le directeur dès 1862. Le nombre et la répartition complète des logements ouvriers reste cependant à préciser. Selon Dellenbach après 1909, une quarantaine d’ouvriers sont logés « pour la plupart dans les maisons de l’usine5 ».

La réalisation la plus spectaculaire demeure néanmoins celle d’une imposante « caserne ouvrière » de plusieurs étages, située en aplomb de la rivière à proximité immédiate de l’espace productif. Datant probablement, selon Tosti, de la fin du XIXe siècle, ce bâtiment est après la Seconde guerre mondiale la propriété d’une coopérative ouvrière avant d’être rétrocédé à la commune. Les origines de cette pratique du bâti doivent être recherchées à Klingenthal, où a été élevée dès le XVIIIe siècle une première caserne pour y loger les ouvriers. L’idée est ensuite transposée dans le centre de la France, par les maîtres de forges d’origine alsacienne : à Unieux notamment, un bâtiment représentatif de cet habitat social est encore occupé. Elle atteint ensuite l’extrémité méridionale du pays pour y être reproduite par les mêmes maîtres de forges, dans la commune de Ria.

A Ria, en l’absence de château érigé par la dynastie, la vaste maison du directeur, sobrement agrémentée de marbre local, accueille les dirigeants en provenance d’Unieux. Le directeur de l’usine, les ingénieurs, les comptables vivent également sur les lieux même de leur travail, dans des logements de l’usine. La caserne ouvrière est située à peu de distance du logement du directeur, les logements des ingénieurs célibataires étant séparés par la route. Une proximité géographique réunit ainsi les différentes catégories sociales : « ils sont proches des ouvriers et les relations, au début du XXe siècle, sont faciles entre eux 6».

Il n’existe pas à Ria de société de secours mutuels ouvrière telle que la Fraternelle des mineurs fondée à St Etienne en 1869, préfigurant l’organisation d’un véritable syndicat7. Durant un demi-siècle, du Second empire à 1906, les caisses patronales de secours en cas d’accident et les mutuelles patronales de Ria, placées sous le signe de l’union des classes, tendent à limiter l’agitation sociale.

A la différence de la Loire, où la politique paternaliste débute d’abord dans le secteur minier, le système de prévoyance sociale est immédiatement étendu à l’ensemble des salariés, mineurs et forgeurs réunis8. Une caisse de secours est en effet créée pour l’ensemble du personnel des mines et hauts fourneaux dans les années 1860, quelques années après l’établissement des sociétés Holtzer dans les Pyrénées-Orientales. Selon l’ingénieur des mines, « le conseil que j’avais donné de créer une caisse de prévoyance et de secours pour les ouvriers de la concession de Thorrent a été entendu. Cette caisse fonctionne actuellement et elle s’applique à l’ensemble des ouvriers qu’occupe la société de Ria, c’est à dire, aussi bien à ceux des mines qu’à ceux des forges9 ».

La caisse a pour but de secourir les blessés mais également les malades. Elle est alimentée pour partie par des retenues sur les salaires -un jour par mois- et, comme dans les aciéries de la Marine ou probablement chez Holtzer à Unieux, pour partie égale par les fonds des compagnies10. Après la guerre de 1870, la direction établit une différenciation entre caisse de secours minière et caisse de secours des ouvriers des hauts fourneaux. La direction des deux caisses est assurée par le premier puis le second directeur des mines et usine, également maire de la commune (Kopp puis Pelet)11.

Sur le terrain, les limites de l’action sociale sont cependant progressivement visibles. Dès 1871, les conditions de l’instauration de la caisse de l’usine de Ria ont été contestées par la nouvelle municipalité: « M. le préfet a accordé un secours de 60 francs, pour être destiné aux personnes de Ria qui sont allées porter secours aux mineurs ensevelis aux minières de Fillols. Cette somme n’a pas été distribuée ni versée à la caisse de la commune. M. Kopp, de son autorité l’a employée à son usine pour fonder une société de secours pour ses ouvriers; d’une question publique, il a fait une question privée12 ».

De la même manière, dans les années 1884, la société ne répond pas à l’enquête parlementaire lancée par le ministère du commerce sur la situation des ouvriers, relayée par une consultation auprès des principaux industriels, commerçants et agriculteurs locaux13. Dix ans plus tard, le développement de la production, à l’origine d’une multiplication des accidents, a d’ailleurs complètement grevé les fonds de la caisse de secours minière de Sahorre et Thorrent. Les limites de l’action sociale sont ainsi visibles lors de la mise en application de la loi du 29 juin 1894, rendant pour la première fois obligatoire un régime de prévoyance sociale dans les mines. Malgré l’opposition de l’inspecteur des mines, le directeur Duthu, décide en effet transposer la dette de l’ancienne caisse de secours des mines de Sahorre, d’un montant de 3000 francs, sur la nouvelle caisse à peine formée lors de la mise en application de la loi.

Dans le cadre de l’extension de cette même loi, en 1905, le ministère des Travaux Publics tend à obtenir des entreprises minières une majoration des allocations de retraite des ouvriers mineurs, portant à 360 francs le montant des pensions ouvrières. Un appel est ainsi lancé « sur le modèle impulsé par les grandes compagnies minières des bassins du Nord et Pas-de-Calais…avec le ferme espoir que les exploitants des autres bassins feraient aussi un effort ». Le résultat local est négatif : « après avoir dû pour certaines insister à plusieurs reprises… aucun des exploitants des Pyrénées-Orientales n’a voulu prendre d’engagement ferme14 ». Parmi les cinq compagnies locales figure J. Holtzer, Dorian et Cie, exploitant les mines de Sahorre, Thorrent et Escaro-sud. 

En définitive, la formation des premières caisses de secours minières, d’origine patronale, puis leur transformation en caisse de protection sociale obligatoire, apparaissent dans un premier temps suffisantes à contenir les revendications ouvrières. Cependant, le début du XXe siècle, marqué par une nouvelle dimension revendicative, oblige la société à renforcer son armature de protection sociale. La mutuelle « La Rianaise » est ainsi créée en 1904, et placée sous la présidence de Dagras, directeur de la marbrerie15. La même année a été créée la mutuelle l’Union de Sirach, hameau voisin pourvoyeur de main d’œuvre, placée sous le signe de l’union des classes16. A cette mutuelle fait cependant déjà écho l’Indépendante de Ria, signifiant dès lors une émancipation de la classe ouvrière17. De fait, transposée au plan de l’action revendicative, cette indépendance se traduit par l’organisation du mouvement syndical : « Effectivement -indique Etienne Frénay-, le 31 décembre 1905 à Sahorre, « berceau de démocrates dévoués à la classe ouvrière», se tient une réunion constitutive des syndicats de Prades18 ».

2. La reconnaissance syndicale

Au plan national, dans les années 1880, l’adhésion de Paul François Ménard-Dorian au radicalisme se mesure à ses votes en faveur des lois et des mesures sociales : en 1882, il apporte son soutien à Clemenceau qui dénonce l’envoi de troupes contre les mineurs en grève du bassin houiller du Gard, en 1884, lors du vote de la loi sur les syndicats professionnels, il vote l’amendement Goblet qui s’oppose à la nécessité de la déclaration pour les syndicats déjà formés. En 1885, il vote en faveur de l’aide aux chômeurs ; en 1888 lors de la discussion de la loi sur les accidents du travail, il refuse les amendements qui restreignent son application19.

Localement des décisions sont prises afin de limiter les tensions sociales. Ainsi des travaux de recherches de gîtes sur la concession de Thorrent sont menés « surtout pour employer le personnel pendant la crise ». Ces décisions permettent de maintenir le calme dans les mines, encore souligné en 1896 par les ingénieurs des mines dans leurs visites à Thorrent, Sahorre, Escaro-sud et Ria : « Le personnel des mines fonctionne bien. Il n’y a aucun individu dangereux parmi les mineurs, aucun symptôme de grève ni d’idées anarchistes » ou encore  «  Parmi les ouvriers, aucune idée anarchiste, aucun ferment de troubles ni de grèves, il n’y a également aucun déserteur espagnol20 ». En 1904, la souplesse des affectations permet d’éviter le chômage : « Le bruit avait couru ces jours derniers que la Société Holtzer, Dorian et Cie avait été obligée d’éteindre le haut fourneau de son usine, faute de travail ; et par suite, un certain nombre d’ouvriers avaient été congédié… Le haut fourneau dont il est question a bien été éteint, non par manque de travail, mais parce que l’on est obligé de faire des réparations indispensables. Aucun ouvrier n’a été renvoyé. Tous ceux qui étaient employés à la fonte ont trouvé du travail dans les mines de la société21 ».

Les grèves de 1906 par contre, s’avèrent un véritable conflit, dont la virulence apparaît toutefois inférieure à celle des autres sociétés minières du Conflent. Le motif premier en est l’application de la durée de travail de 8 heures. Selon Etienne Frenay, si les causes économiques existent, « cette grève est une révolte, les mineurs veulent imposer le contrôle du syndicat aux compagnies ». Celle-ci, qui a débuté fin janvier 1906 chez les mineurs de la société de Riols, s’étend aux autres compagnies et « mobilise 715 mineurs au sein des trois compagnies de Riols, Holtzer et de Fillols 22». 

Le 7 février, les ouvriers mineurs des trois compagnies continuent d’être en grève et adressent, par lettre, à chacun des trois directeurs « leurs justes revendications ». Selon La Dépêche, « Les compagnies de Riols et Holtzer consentent à un arbitrage en faveur des ouvriers… M. Pelet, directeur des mines de Ria, s’est rendu lundi à Sahorre, animé d’un grand esprit de conciliation23, et en son nom et au nom de la compagnie de Riols, il a accepté de soumettre le différent à l’arbitrage du préfet ».

Le 9 février, une réunion avec les délégués des mineurs a lieu dans le cabinet du sous-préfet Simoneau, en présence du préfet Fleury. Selon La Dépêche « Les revendications formulées par les mineurs ont été acceptées après de longues discussions et quelques petites retouches, seulement par M. Pelet directeur des mines de Sahorre. M. Pelet duquel les ouvriers ont fait l’éloge a bien accueilli le travail à la journée, avec salaire de 4,50 francs et pour les journaliers manœuvres selon la capacité et les forces physiques, le salaire de 3.25 à 3.75 francs par jour ».

Selon le préfet lui-même « M. Pelet, directeur de la mine de Sahorre dit tenir de son conseil d’administration pleine licence pour discuter et adopter des conditions nouvelles. M. Ebrard, directeur des mines de Riols, dit qu’il n’était pas investi des mêmes pouvoirs… Toutefois dans l’espoir d’arriver à un accord, j’ouvris une discussion qui fut très animée et longue, M. Pelet montra un grand esprit de conciliation auquel les mineurs eux-mêmes rendirent hommage. M. Ebrard fut beaucoup plus réservé. Les ouvriers demandaient la journée de 8 heures de travail effectif, les patrons octroyaient 9 heures ; actuellement la journée est de 111/2 heures de présence et de 10 heures de travail… aucune solution ne sortit des débats, mais les concessions de M. Pelet avaient été vastes et loyales aussi les mineurs de Sahorre déclarèrent qu’ils reprendraient volontiers le travail s’ils n’étaient pas liés à leurs camarades des autres centres moins favorisés. ». Attachés à leur jeune syndicat, les mineurs de la société Holtzer et Cnie ne veulent pas se désolidariser des autres mineurs24. D’autres réunions ont lieu à Prades, mais « malgré toutes les concessions faites par M. Pelet, les délégués lui ont refusé de transporter du minerai de Sahorre à Ria pour alimenter les hauts fourneaux25. »

Habilement, Emilien Pelet tente alors de jouer un rôle de médiateur en impliquant les autres sociétés minières, ses rivales. Le directeur de la compagnie de Fillols, Dineur, est en particulier un directeur de combat : non mandaté par sa compagnie pour ouvrir la négociation, il refuse l’arbitrage du sous-préfet Simoneau. Au faîte de l’action, les grévistes se déchaînent contre lui, cassant les vitres de sa maison26. Pelet intervient alors dans la négociation qui concerne les autres mines pour ramener le calme et assurer l’approvisionnement de Ria. La Dépêche insère cette déclaration :

«Je soussigné, Emilien Pelet, Directeur des mines de Sahorre et d’Escaro-Sud, à Ria, affirme que sa Société n’est pas syndiquée avec celle de Fillols et de Riols. Il en donne sa parole d’honneur et déclare qu’il n’a aucun pouvoir sur les directeurs de ces Sociétés. Néanmoins, pour se rendre utile aux mineurs de toute la région et faire cesser cet état de grève qui dure depuis trop longtemps déjà, M. Pelet se met à la disposition du syndicat général pour se rendre, dès demain si l’on veut, à Paris, faire connaître aux administrateurs de Fillols et de Riols, les conditions admises, le 15 courant, d’un commun accord par les délégués des sections minières et M. Pelet. Et engager de toutes ses forces ces administrations à accepter de leur côté ces conditions ou tout au moins faire connaître les leurs. Dans le cas où la proposition serait acceptée, ce dernier prie les syndicats de désigner un de leurs délégués, muni de pouvoirs, pour assister M. Pelet dans ses démarches et assister à la conférence de Paris. »

Le 24 février, Pelet part effectivement à Paris avec trois délégués mineurs afin d’intervenir auprès des autres compagnies de Fillols et Riols et tenter de leur faire accepter, dans le plus bref délai, les conventions suivantes: « - Journée de travail de huit heures dans la mine, de jour ou de nuit et repos d’une heure dans la mine après quatre heures de travail - Prix de la journée de travail pour les différentes catégories de manœuvres…- Journée des ouvriers mineurs fixée à 4 fr. 40. - Travaux à forfait - Pas d’amendes -Chômage des ouvriers syndiqués, un jour ou deux, en cas de diminution du personnel par la direction -En cas d’insuffisance de commandes, renvoi au même titre, des ouvriers non syndiqués et syndiqués. »

Lors de ces rencontres, la délégation obtient l’appui du député Jean Bourrat, du docteur Pujade, député de Céret, du député ouvrier de Saône-et-Loire Bouveri ; mais la réponse des deux compagnies est négative : « Nous regrettons de ne pas pouvoir faire droit aux revendications des ouvriers mineurs. Ils peuvent reprendre le travail aux anciennes conditions27 ».

La grève continue donc dans les mines des différentes compagnies. A terme, le 20 mars, le sous-préfet Simoneau, « à la suite d’un habile arbitrage…a obtenu la reprise du travail à la concession minière de Sahorre dirigée par M. Pelet dont l’esprit conciliateur fut reconnu par les grévistes eux-mêmes28 » et le travail y reprend le 23 mars grâce à sa médiation. L’affaire connaît quelques soubresauts en avril 1906 avec l’arrivée de Rouzaud qui interprète « à rebours » la sentence d’arbitrage, mais dans les autres mines, le travail ne reprend que deux mois plus tard, le 23 mai à Riols, le 4 juin seulement, à Fillols29.

En conclusion de cette partie, Pelet accepte l’arbitrage du sous-préfet et négocie avec les mineurs. En acceptant ces négociations, il établit une réelle reconnaissance syndicale, et entérine la légitimité du syndicalisme des ouvriers mineurs. Ainsi que le souligne Etienne Frénay « le syndicat est implicitement reconnu et c’est à cela que sont peut-être le plus attachés les grévistes30 ». Quels qu’en soient les motifs31, la société de Ria est donc la première du bassin minier à intégrer cette dimension essentielle de l’action revendicative. « Une tradition32 » est effectivement fondée, à partir du principal centre industriel du massif du Canigou. Au total, la pression patronale a eu pour conséquence l’émergence d’un syndicalisme plus tardif que celui de la Loire. Le dialogue social et les luttes locales hissent néanmoins rapidement celui-ci au rang de principal acteur dans la défense des intérêts de la classe ouvrière.

IV – Les industriels et la vie locale

1. Le développement communal

Comme leurs patrons, maires à Unieux33, les directeurs des sociétés Holtzer et Dorian sont des notables qui participent à la vie locale, politique et administrative. Auguste Kopp est membre du Conseil d’hygiène et de sécurité de l’arrondissement de Prades et maire de Ria de 1863 à 1871 puis de 1876 à 1878. Il avait été maire dans les Vosges, avant de venir à Ria34: « Cédant aux instances de M. le sous préfet de Prades, j’ai accepté malgré moi, les fonctions de maire que j’avais déjà exercé dans les Vosges où j’avais rencontré toutes les sympathies de l’administration ainsi que de la population et je n’ai consenti à les exercer de nouveau que dans le but d’être utile à la population de Ria35 ». Il entame ainsi son mandat local dans la seconde décennie du Second empire, au moment où l’étau impérial tend à se desserrer quelque peu.

En octobre 1865, en acceptant la prolongation, il précise ses projets municipaux, orientés en priorité vers la petite enfance et plus largement, vers l’éducation et la protection de la famille : « Mon projet le plus cher serait de doter notre commune d’une salle d’asile, cette institution si précieuse où le dévouement prend l’enfance par la main dès les premiers jours de la vie, lui fait épeler les premières maximes du Bien et tout en développant les germes de l’intelligence, le préparer à recevoir l’instruction que les classes adultes doivent lui donner plus tard, ce qui devient alors d’autant plus facile que l’esprit et le cœur sont formés avec docilité. Outre les bienfaits intellectuels que cette instruction déverse sur l’enfance, elle contribue au bien-être des familles… Le plus grand obstacle qui se présente à la réalisation de nos vœux, c’est la question financière. Nous examinerons tout cela en bons pères de famille pour arriver aux résultats les plus favorables… Prions le Ciel de bénir nos œuvres ». Conformément à ces objectifs, l’enseignement se développe dans la commune, où, entre autres, les classes adultes sont effectivement créées en 186736.

Se félicitant de la confiance du gouvernement impérial qui l’a nommé deux fois aux fonctions de maire, Kopp reste néanmoins en place quand l’Empire s’effondre, organise la garde nationale à laquelle il offre deux clairons mais ne peut y participer à cause de son infirmité. Sous la tension qui se développe l’année suivante, les élections de la fin de 1871 donnent finalement la mairie à ses adversaires.

Le nouveau maire Jean Anglès, avec l’appui du nouvel instituteur Gabriel Brandaly, et une partie de l’équipe municipale dénoncent la gestion de l’ancien maire : utilisation occulte de l’argent reçu pour réparer la maison curiale, utilisation de l’argent des secours donnés aux sauveteurs de Fillols pour fonder une société de secours dans son usine, vol de l’argent d’une fontaine, de celui d’une pendule… Mais cinq conseillers refusent de signer la délibération du conseil municipal et dressent un bilan plutôt flatteur de la gestion de Kopp, dans lequel apparaît son intérêt pour la classe indigente : «  C’est une chose connue de tout le monde qu’il a, pour ainsi dire, tiré du néant la commune de Ria-Sirach qui doit à son administration, la création de l’école de garçons et de l’école de filles, la construction de la maison d’école, la réparation du presbytère, la réparation de la toiture de l’église, la création de deux fontaines dans la partie haute du village… Par ses bons rapports, soit avec les administrateurs de l’hospice de Prades, soit avec les propriétaires des établissements thermaux de Vernet et de Molitg, M. Kopp, a mieux que n’aurait pu le faire tout autre personne de la commune, pu venir en aide à un grand nombre de malheureux en les faisant admettre dans ces divers établissements où il les a toujours fait conduire dans sa propre voiture quand les moyens de transport leur manquaient ».

Ils refusent donc de suivre le maire et l’autre partie du conseil municipal et concluent : « Si les conseillers qui réclament aujourd’hui contre lui avaient reconnu que M. Kopp s’engageait dans une mauvaise voie, ils auraient dû l’arrêter au début au lieu de l’encourager par les votes et leurs signatures. Il est manifeste, pour tout le monde, que M. Kopp a fait des sacrifices personnels pour la commune, les réclamants le savaient bien, et leur mobile actuel ne trouve son origine que dans les haines personnelles et les divisions politiques qui se sont déclarées ces derniers temps à Ria ».

Après examen des comptes, l’administration approuve la gestion communale. En 1873, selon le sous préfet Bargeton : « Les comptes de M. Kopp sont parfaitement clairs et je suis d’avis qu’il y a lieu de les admettre. Les divisions qui existent dans la commune de Ria et qui ont été décrites par mon prédécesseur… expliquent combien ces divisions ont été vives à un certain moment. Il n’y a du reste que cet esprit de parti pris qui puisse expliquer comment six conseillers municipaux, dont la majorité avait toujours donné leur entière adhésion aux comptes de gestion du maire, qui l’avaient même engagé à marcher dans cette voie, reviennent aujourd’hui avec tant de vivacité sur des comptes dont le dernier remonte au commencement de l’année 186937».

Demeuré conseiller municipal, néanmoins démissionnaire en mai 187438, Kopp retrouve la mairie de 1876 à 1878. Ce mandat ne suscite pas de contestation devant l’administration ; il meurt en 1880. Durant la décennie suivante, la mairie est aux mains de Joseph Anglès39, premier maire élu de la commune en 1878, fils du maire qui lui était opposé en 1871.

La relève politique dans la lignée Kopp est assurée par Emilien Pelet, gendre d’Auguste Kopp, qui commence sa carrière municipale comme conseiller à Ria, en 1881. La création d’une marbrerie à son initiative conforte sa popularité : Emilien Pelet devient à l’unanimité maire de Ria en 1888; il administre la commune pendant dix ans de 1888 à 1908. Durant de longues années, la situation sanitaire de Ria, commune en évolution, laisse cependant à désirer, ainsi que l’attestent les épidémies cholériques de 1884-1885 et de 1893, dont Pelet exécute les mesures de protection40. Médaillé de l’Assistance publique41, il est notamment récompensé pour avoir pris des mesures efficaces contre le choléra, en 1893 alors que : « L’épidémie menaçait d’être à Ria aussi meurtrière qu’elle était à Prades ». L’amélioration des fontaines publiques se place dans cette perspective.

La commune évolue alors au rythme du développement industriel. Au début des années 1890, l’objectif est d’en moderniser les installations, en la dotant d’un bureau télégraphique et d’un bureau de poste que les propriétaires de l’usine prendrait à leur charge42. En 1892, Pelet est fait officier d’Académie. En 1900, il devient inspecteur départemental de l’enseignement technique, en remplacement du précédent directeur des hauts fourneaux de Ria, son beau-frère Paul Duthu43. Il est président du comité de l’arrondissement de Prades pour l’exposition de 190044. Dans l’intervalle a été construite en 1893 la gare de Ria45, plaque tournante des transports auxiliaires à l’industrie métallurgique.

A cette époque, Pelet semble pouvoir prétendre à la Légion d’honneur. Outre ses bonnes relations avec le préfet protestant Bonhoure qui le propose pour la légion d’honneur46, en 1895, il est aussi un ami du député Frédéric Escanyé qui lui apporte son aide à Paris, à la préfecture de police, lorsqu’il veut aller rejoindre sa fille Marguerite Holtzer, qui se trouve à Moscou atteinte par la fièvre typhoïde. E. Pelet est présenté comme par le préfet comme un homme « qui occupe dans le monde industriel des Pyrénées-Orientales une situation des plus en vue. C’est un ingénieur distingué qui s’occupe avec dévouement des nombreux ouvriers qui travaillent sous ses ordres. M. Pelet est de plus un maire très nettement et très sincèrement républicain qui rend chaque jour de réels services au gouvernement et à l’administration. La distinction… serait unanimement bien accueillie dans le département et en particulier dans l’arrondissement de Prades où il est connu et estimé de tous ».

Le départ du préfet Bonhoure, nommé en Corse en 1896, le prive d’un appui, bien que Frédéric Escanyé continue à soutenir sa candidature, mais celui-ci perd son mandat et meurt en 1906. Désormais, les grèves du bassin minier pèsent lourdement dans le dossier de demande de légion d’honneur. En 1908, La Montagne47 dénonce son influence sur le nouveau maire, Gaudérique Bernard, accusé, quoique syndiqué, d’être l’homme de paille « qui s’éclaire auprès du patron de l’usine où il est employé ». Dès le 20 juillet 1908, le sous-préfet télégraphie à la préfecture : « J’estime qu’au point de vue politique, la situation des partis de mon arrondissement nous oblige à ajourner provisoirement l’examen de cette candidature. Dans les circonstances actuelles, la promotion de M. Pelet soulèverait de sérieuses objections. Aujourd’hui, je puis affirmer de façon catégorique que cette promotion paraîtrait un défi jeté à l’opinion publique tant l’impopularité de M. Pelet est grande parmi la population ouvrière de cette région. J’ajoute que ce n’est pas sans raison. »

En 1909, la Société Holtzer est transformée en « Société anonyme des Hauts fourneaux et forges de Ria » et les mines de la Têt sont amodiées à la société des hauts fourneaux de Chasse (Isère). Nommé en septembre 1909 administrateur délégué des mines et hauts fourneaux de Ria, Pelet quitte Ria en février 1910 pour diriger les aciéries d’Unieux. Le directeur-administrateur des hauts fourneaux de Chasse, Sovignet, est décidé pour sa part à vaincre les syndicats de mineurs48. Dans une lettre au préfet, il explique que la compagnie s’était attachée « à consolider la discipline qui n’existait plus, les ouvriers voulant être plus maîtres que l’exploitant ». Dans son rapport du 8 novembre 1909, l’ingénieur en chef des mines de Toulouse constate que : « la Société des mines de la Têt a voulu déchirer la sentence qui était intervenue, il y a quelques années entre la société Holtzer et Cie et ses ouvriers pour obtenir de meilleures conditions ».

L’impopularité parmi la population ouvrière est en outre habilement exploitée par la direction des mines de la Tet, qui y voit l’occasion d’anéantir les revendications ouvrières tout en déconsidérant le responsable de leur soutien. Le sous-préfet s’appuie d’ailleurs sur cette opinion : « Je ne peux que reprendre les termes du rapport de mon prédécesseur du 21 octobre 1909 : A été maire de la petite commune de Ria de 1892 à 1908-1909, ce sont les seuls titres qui peuvent être invoqués… L’impopularité signalée par celui-ci et qui, dans les milieux ouvriers de Prades, s’attachait à cette époque au nom et à la personne de M. Pelet ne nous paraît pas avoir diminué. Je sais en outre, pour l’avoir entendu publiquement formulé par M. le directeur des mines de la Têt, que certains de ses collègues et lui-même n’hésitaient pas à rendre M. Pelet responsable du malaise qui, de puis quatre ans, a provoqué dans le bassin minier de la région des conflits sans cesse répétés. Du point de vue politique, M. Pelet a toujours été considéré comme un républicain modéré.»

Ce dernier cristallise donc, aux yeux du sous-préfet, la déception des mineurs et plus encore la rancune patronale. Cette opinion est transmise en 1912 par le préfet au ministre du commerce et de l’industrie49. Pelet ayant quitté Ria en février 1910, le sous-préfet ainsi que le préfet des Pyrénées-Orientales estiment en outre que cette affaire de Légion d’honneur ne les concerne plus, qu’il faut consulter le préfet de la Loire puisque « depuis deux ans, M. Pelet dirige les importantes aciéries d’Unieux ». Cette situation cesse en 1920, année durant laquelle Pelet obtient finalement la légion d’honneur.

Au-delà de l’anecdote, le bilan du développement communal de Ria, au cours des mandats électifs de Kopp et de Pelet, apparaît en définitive relativement positif. En un demi-siècle, les points principaux qui y ont été développés concernent l’éducation notamment masculine50, la protection sanitaire, d’ailleurs plutôt à l’égard des nécessiteux qu’en situation de crise, le choléra n’ayant finalement que peu sévi à Ria. La modernisation technique, devenue indispensable, est visible sur l’ensemble du patrimoine matériel de la commune. En revanche, l’expansion démographique de la population, passant de 1000 habitants en 1851 à 1095 en 189151 sans compter les fluctuations temporaires, s’accompagne, sous la Troisième république, d’un affaiblissement du culte protestant.

2. Les maîtres de forges et le protestantisme dans les Pyrénées-Orientales

Les Holtzer étaient fortement attachés au protestantisme alsacien : à la mort de Jacob, la famille fait un don de 2000 francs au conseil presbytéral de Kligenthal pour assurer une rente de 100 francs aux pauvres de la paroisse. Les maîtres de forges protestants de la Loire avaient soutenu l’implantation et le développement du protestantisme dans ce département. J. Holtzer faisait venir des ouvriers protestants d’Alsace et de Haute-Loire et les amenait au culte à Saint-Etienne dans sa voiture. En 1840 il installe dans l’usine même une salle de culte. Jacob Holtzer, Frédéric Dorian étaient membres du consistoire et signent, avec Thomas Hutter, une pétition pour obtenir la nomination d’un deuxième pasteur à Saint-Étienne en 1859 et s’engagent à assurer personnellement son traitement pendant une année, jusqu’à ce qu’il soit nommé par le gouvernement.

Les protestants de Perpignan et du département veulent tirer profit de leur installation à Ria pour obtenir la création d’une place de pasteur : en septembre 1866, le consistoire de Bédarieux dont ils dépendent demande « la création d’une place à Béziers pour la population civile de Béziers et son arrondissement, de Narbonne, Perpignan, de Ria et autres lieux. ». En 1872, lorsque un pasteur est installé par l’Etat à Perpignan, le consistoire décide que le culte protestant doit être célébré régulièrement à Perpignan chaque semaine et mensuellement à Amélie-les-Bains, pour les baigneurs civils et militaires, à Ria pour les protestants de l’usine métallurgique de MM. Dorian et Holtzer, ceux de Corneilla, de Prades etc.

Les familles Kopp et Faivre sont constamment mentionnées dans les relevés de la population protestante52. Auguste Kopp et Georges Faivre, François Aimé Hutter figurent sur la liste des électeurs du conseil presbytéral, en 1871. Charles Sauër, installé à Ria, cotise en 1872. Kopp et Faivre participent aussi à la souscription pour les frais de culte à Perpignan et à la collecte faite pour l’ameublement du temple de Perpignan, en 1877.

Le conseil presbytéral espère, grâce à cette présence à Ria, développer le protestantisme dans l’arrondissement de Prades. En octobre 1873, le pasteur Trial écrit à l’association des protestants disséminés de Nîmes :  « Dans cette commune située à 2 km de Prades, le culte se célèbre tous les premiers dimanches du mois dans un local de l’usine métallurgique de MM. Dorian et Holtzer. Pendant longtemps le pasteur n’eut pour auditeurs que les protestants de Ria, Prades et de Corneilla ; mais depuis quatre mois de nombreux catholiques de Prades et de Ria, parmi lesquels nous avons remarqué une dizaine de conseillers municipaux assistent à nos exercices religieux. Ils demandent même qu’un temple protestant soit ouvert à Prades, affirmant que 250 à 300 personnes sont disposées à participer à notre culte… mais dans l’état actuel des choses, et après avoir consulté quelques protestants influents53 nous avons pris la résolution de nous contenter, pour le moment, de notre local de Ria et nous avons invité nos amis de Ria et de Prades à venir assister au culte. Or, comme ils paraissent très désireux de s’instruire et de se donner des convictions évangéliques, nous espérons qu’ils se rendront à notre invitation. En attendant ils lisent le Nouveau Testament, des traités de controverse et se répandent autour d’eux quelques rayons de lumière. »

Le pasteur fait alors preuve de trop d’optimisme, notant d’ailleurs dans la même lettre : « Ils se heurtent à chaque instant contre quelques difficultés. Ils ont à lutter contre les prêtres et contre la société Saint Vincent de Paul et contre les membres de leurs familles qui obéissent aux ordres de leurs confesseurs ». En 1874, la situation est devenue plus difficile encore. Le pasteur Trial expose : « Dans l’arrondissement de Prades, l’action du clergé s’est accentuée contre nous. Aux fêtes de la Pentecôte, deux dames54 qui se rendaient habituellement à Ria pour assister à notre culte ont été excommuniées. Les quelques conseillers municipaux qui avaient manifesté l’intention d’entrer dans notre Église ont eu beaucoup à en souffrir. On est allé jusqu’à faire des avanies aux anciens protestants ». En 1875, le pasteur note : «  Dans l’arrondissement de Prades, rien d’important à noter ». Mais en 1877, il perd l’espoir : « deux mariages mixtes accomplis à Ria, dans des circonstances pénibles ont arrêté le mouvement protestant en répandant la tiédeur la plus navrante parmi les familles d’origine protestante55».

Malgré l’arrivée de quelques protestants dans l’arrondissement, comme le commissaire de police Piquemal et sa famille en 1876, le sous-préfet Mercat et son épouse, puis Charles Schuler, ancien ingénieur chimiste, le frère d’Henriette Kopp et sa fille Larissa56, le géomètre Camille Michel et son épouse, le protestantisme s’étiole. À Ria même, les enfants des mariages mixtes sont catholiques, même si les maîtres de forges continuent à embaucher de préférence leurs coreligionnaires. C’est le cas des enfants Rostain au début du XXe siècle.

Apporter réconfort à ses paroissiens était difficile pour le pasteur qui résidait à Perpignan et avait tout le département pour paroisse. En 1878, le registre des décès de l’Église réformée mentionne qu’Emile Sauër, 3 ½ ans, fils de Charles Sauër, employé à l’usine de Ria «  a été enterré par Charles Sauër lui-même, en l’absence du pasteur ». Le conseil presbytéral ne se désintéresse cependant pas des protestants de Ria et, quand Charles Sauër meurt en 1879, il délibère que : « Considérant que la veuve de Charles Sauër est catholique et fait partie d’une famille très catholique… Que dans la ville de Prades où elle s’est momentanément fixée, elle sera obligée, en raison de son état d’indigence, de recevoir des secours de l’Église catholique et par conséquent de livrer aux prêtres la direction religieuse de ses enfants …Que ces enfants ont été baptisés par le pasteur protestant et qu’ils ont reçu jusqu’à ce jour une instruction protestante… », il fait admettre Charles Justin Sauër à l’orphelinat de Castres, faire tous les ans une collecte en sa faveur, établir la veuve de Charles Sauër à Perpignan et la «  recommander à la sympathie de l’Église ».

Bien que le protestantisme ne progresse pas autour du foyer de Ria, les rapports des maîtres de forges ou de leurs représentants avec les administrateurs protestants de Prades ou de Perpignan sont bons, comme en témoigne, en 1873, la lettre57 de l’ingénieur Germain, inspecteur des mines, à Jules Holtzer, après une discussion avec Kopp et Hutter : « Vous pouvez toujours vous adresser à moi, sans crainte aucune de me déranger ; j’ai pour votre famille une trop sincère affection pour ne pas être heureux à chaque occasion que je pourrai de vous être utile à tous. Ne m’épargnez donc pas. Veuillez présenter mes respects à Mme Holtzer et me rappeler au souvenir affectueux de Mme Dorian et de ses enfants. Votre bien dévoué de cœur. »

Emilien Pelet, pour sa part, entretient des relations amicales avec le préfet Adrien Bonhoure, son coreligionnaire : « Mon cher Monsieur Bonhoure, écrit-il trois fois dans la même lettre58, ma femme se joint à moi pour vous prier d’agréer et de faire agréer à Madame Bonhoure l’expression de notre amitié très sincère…Veuillez faire pour nous et pour Valentine une caresse aux bébés ». Bonnes relations dénoncées dans le Républicain des P.O. par Henri Lavall de Prades59. Il est un protestant pratiquant : le culte mensuel a lieu à Ria dans sa véranda et aussi un responsable protestant assidu au conseil presbytéral. Élu pour trois ans en 1895 puis pour six ans en 1898 et encore en 1904, il est aussi élu délégué de l’Église de Perpignan au consistoire de Bédarieux, il est encore élu en 1904. Il assiste régulièrement aux séances du conseil jusqu’à son départ du département. Au conseil, il rencontre deux autres dirigeants protestants : Louis Morache, directeur de l’usine Nobel de Paulilles, auquel il achète la dynamite dont les mines ont besoin, élu lui en 1901, et après lui Scholl, de la Compagnie du Midi à Perpignan, directeur des chemins de fer des Pyrénées-Orientales avec lequel il est aussi en relations d’affaires.

3. La société Holtzer, Dorian et Cie et le patrimoine

Un dernier point de l’engagement des protestants dans la vie civile reste à évoquer, à savoir leurs relations avec le patrimoine civil, ou plutôt religieux et historique des Pyrénées-Orientales. A la suite du déclin de Rémy Jacomy, la société J. Holtzer, Dorian et Cnie est devenue en 1883, propriétaire de l’abbaye de Saint-Michel de Cuxa, à Codalet dont Jacomy avait fait sa résidence60. La loi du 30 mars 1887 fait classer Saint-Michel monument historique, et en conséquence, interdit au propriétaire de vendre des pièces d’architecture appartenant au monument. Mais aucun inventaire de l’abbaye n’est réalisé61. Vingt ans plus tard, en 1907, le sculpteur américain George Grey Barnard62, qui a découvert l’existence du cloître de Saint-Michel63, vient à Prades et y séjourne du 19 au 29 janvier. Il cherche à acheter des pièces d’architecture et se présente à É. Pelet comme « un artiste sculpteur, habitant Moret sur Loing (Seine-et Marne), qui a l’intention de les grouper, avec d’autres achetées ailleurs, pour reconstituer un cloître à Moret. »

En février 1907, la commission départementale des monuments historiques saisit à ce sujet le conseil de préfecture qui lui répond : « Je m’empresse de vous faire connaître que les ruines de l’abbaye sont classées comme monument historique et que M. Pelet, avisé en 1888 du classement, n’a fait entendre aucune protestation. Dans ces conditions, il ne saurait valablement aliéner une partie quelconque des ruines sans en avoir préalablement référé au ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts. Je vous prie dans l’intérêt de M. Pelet comme dans celui de l’art roussillonnais de vouloir bien porter toutes les observations qui précédent à la connaissance du propriétaire des ruines de l’ancienne abbaye de Saint-Michel de Cuxa. »

Dans une lettre au ministre des Beaux Arts, du 27 mars 1907, Pelet justifie ses contacts commerciaux avec Barnard, en exposant son point de vue sur l’architecture à conserver : « Il y a deux ans, j’ai dû faire de grosses et importantes réparations à la maison dite de l’abbé qui menaçait ruine. Du reste cette maison n’a aucun cachet spécial, c’est une grosse bâtisse, sans style défini et sa construction date du XVIIIe siècle. A mon avis et de celui de personnes compétentes, si des ruines de Saint-Michel, l’une mérite d’être classée comme monument historique, ce ne peut être que le clocher du cloître qui date du IXe siècle et représente un spécimen de style romano-byzantin . Les lettres64 ci-dessus indiquées visent quelques objets épars dans le domaine de Saint-Michel, dans les caves etc., très délabrés, composés de quelques chapiteaux, parties d’arcades en moellons bruts, de deux stèles mal conservées et d’une arcade de la porte de la maison dite de l’abbé ».

La meilleure stratégie étant l’attaque, Pelet dénonce également ce qu’il considère comme le laxisme de la commission départementale : «  En faisant appel à ma mémoire , je me rappelle, en effet, qu’en 1888, j’avais été avisé de ce projet de classement , mais je croyais qu’il n’y avait pas été donné suite, attendu que les parties classées qui du reste n’ont jamais été désignées, n’ont fait l’objet d’aucune visite de la part des membres de la commission départementale. …Ce même artiste sculpteur a acheté dans le département, à Prades notamment, d’autres balustres, colonnes etc., tous objets enlevés à Saint-Michel à l’époque de la Révolution. Pourquoi la commission a-t-elle laissé faire cette vente et empêche-t-elle celle d’objets semblables nous appartenant ? Pourquoi, si elle a entendu, en classant Saint-Michel monument historique, classer ces dits objets, n’a-t-elle pas classé ceux de Prades et des environs, pourtant mieux en vue et mieux conservés que ceux de Saint-Michel ? ». Le 25 novembre 1907, dans sa lettre au sous-préfet, il précise ensuite quels étaient les objets vendus à Barnard -qui n’ont pas été enlevés- puisque prévenu par la préfecture qu’il n’avait pas le droit de vendre ces objets, il a averti l’acheteur par deux lettres, dont une recommandée du 27 mars, auxquelles Barnard n’a pas répondu65. Or les chapiteaux furent, selon G. Mallet, cédés par Pelet à Barnard en 1913, sous la pression du maire de Prades. Mais Pelet était parti de Ria à Unieux depuis 1910 et ne dirigeait plus lui-même la société de Ria. La question se pose donc de savoir dans quelles conditions ces chapiteaux ont été effectivement vendus.

Dans le cadre de la protection urgente de ce patrimoine médiéval, Pelet obtient par contre de meilleurs résultats concernant l’un des deux clochers de l’abbaye. Le 8 avril 1907, il informe le sous-préfet que, malgré la lettre du sous secrétaire des Beaux-Arts qui l’annonçait, la visite de l’architecte en chef des Monuments historiques qui devait profiter de son voyage dans la région pour spécifier quelles parties des ruines de Saint-Michel faisaient l’objet d’un classement n’a pas encore eu lieu et s’en inquiète à cause du mauvais état du clocher. « J’ai honneur de vous informer… que cette visite devrait se faire d’urgence66, car, à mon avis, le clocher du cloître dont j’annonçais le mauvais état à M. le Ministre menaçant ruine de plus en plus, il serait utile, prudent même que des réparations fussent ordonnées et faites immédiatement par la commission des monuments historiques. D’ores et déjà et au nom de MM. J.Holtzer, Dorian et Cie mes mandants, je décline toute responsabilité au point de vue des dégâts et accidents que l’effondrement de ce clocher pourrait entraîner ».

Obtenant en 1908 la restauration de clocher dont il sait alors qu’il est classé, il réussit en outre avant son départ à Unieux, à en faire financer la restauration par l’Etat. Celui-ci était en effet disposé à approuver l’exécution d’un devis de 7167 francs, à donner une subvention de 4000 francs et à laisser le reste à la charge du propriétaire, déclarant que « la conservation de ses ruines incombe au premier chef au propriétaire et qu’il demeure responsable, malgré ce classement, des dangers que sa propriété peut faire courir aux immeubles voisins ». La dépense totale concernant les travaux fut finalement prise en charge par l’Etat en 1910.

Conclusion

Les forges d’Unieux, fondées en 1829 par Jacob Holtzer, maître de forges alsacien, sont à l’origine du développement des aciers spéciaux en France. L’expansion des entreprises industrielles d’Unieux a cependant pour origine la fondation de deux sociétés : la Société des forges et hauts fourneaux de Ria (Pyrénées-Orientales) en 1859 et celle de la Société Jacob Holtzer (Loire) en 1861. En 1909, la durée de la Société des hauts fourneaux de Ria arrive à son terme. De société en commandite, celle-ci devient société anonyme au capital de 1 million de francs, renouvelée pour une durée de 50 ans67. La SNC Jacob Holtzer, également devenue société anonyme en 1916, est transformée en 1953 en Cie des ateliers et forges de la Loire, par l’apport de l’actif des compagnies des forges de la Marine et de St Etienne, et de la SA des aciéries et forges de Firminy68. Cette expansion se fait dès lors au détriment des Pyrénées-Orientales. A Ria, l’aventure industrielle se clôt par l’arrêt définitif de la production de fonte en 1949 et le départ en 1954 du dernier directeur69.

De 1859 à 1909 et bien au-delà de cette durée, la contribution départementale s’avère donc décisive, tant au plan de la production de fonte que de l’extraction du minerai de fer. Dans l’histoire industrielle des Pyrénées-Orientales, le fonctionnement des hauts fourneaux au bois de Ria, parfaitement intégrés à leur environnement, demeure incontestablement une réussite. Leur longévité de près d’un siècle, dont l’initiative revient au maître de forges Rémi Jacomy, concourt au développement qualitatif de la sidérurgie française. En 1970, après de nouveaux apports, la Cie des ateliers des forges de la Loire fusionne avec la Société des forges et aciéries du Creusot pour former la société Creusot-Loire. Fondées sur l’expérience des ingénieurs et de la main d’œuvre locale, les racines de la réussite sidérurgique de la Loire demeurent ainsi, partiellement, pyrénéennes. En 1913, en matière d’extraction de minerai de fer, le département se place en outre au « deuxième rang national derrière la Meurthe et la Moselle ; le record est atteint en 1917 avec une production de 447 000 tonnes70 ».

Ce dynamisme trouve cependant ses limites sur un plan strictement religieux. L’installation des maîtres de forges protestants dans le Conflent, si elle a donné du poids à la demande des protestants de Perpignan voulant obtenir un pasteur officiel, aux frais du gouvernement, n’a pas permis le développement d’un vrai noyau protestant autour de leur usine. Le poids des notables, dans le département, vient de leur puissance industrielle et non de leur protestantisme.


Edwige PRACA
Madeleine SOUCHE
Article paru en
octobre 2004


Bibliographie

PRACA E., SOUCHE M. « Industrie métallurgique et protestantisme : l’exemple des hauts-fourneaux de Ria 1859-1909 » in : Acteurs, tendances et contestations de l’économie contemporaine en Méditerranée Occidentale (XIXe-XXe siècles), Domitia n°5, Université de Perpignan, octobre 2004, p. 73-107.

Notes

1 ADPO, 4M135, Feuilles de tournée du commissaire de police, 7-1861, 7-8-1861, 3-1863.
2 VALSERRES Jaques, Les industriels de la Loire, Saint-Etienne, Imprimerie typographique C. Robin, 1862, p.236. Il y a une caisse de secours que les intéressés administrent eux-mêmes.
3 VERNEY-CARRON Nicole, op.cit., p.253.
4 Auguste Kopp. Rapport 1861-82, 22-11-1862.
5 DELLENBACH E., Notice op.cit. : « Elle occupe une quarantaine d’ouvriers logés pour la plupart dans des maisons de l’usine ».
6 Souvenirs d’un fils du directeur.
7 En 1883 est fondée à St Etienne la Fédération nationale des mineurs, ancêtre de l’importante fédération CGT du sous-sol.
8 VERNEY-CARRON Nicole, op.cit., p.252.
9 ADPO, 8S12, 1866. Caisse créée sur le conseil de l’ingénieur des mines.
10 1869 «  Les deux principales exploitations Fillols et Thorrent ont chacune une caisse de secours qui doit non seulement secourir les blessés par accident mais encore les malades. Ces caisses fonctionnent dans de bonnes conditions ». Pour la comparaison, VERNEY-CARRON Nicole, op.cit., p.253.
11 ADPO 1M829, 1887.
12 Séance du Conseil municipal de Ria, 12-09-1871.
13 ADPO, 8M29, Chambre de commerce 1884 et 1885, p.88 et 96 : seuls 12 négociants et agriculteurs ont répondu à l’envoi. Duthu est directeur des mines hauts fourneaux de Ria.
14 ADPO 8S23, circulaire 6-6-1905. Réponses de Sauveur Rogé, exploitant de la mine d’Estavar ; Monin, exploitant de la mine de Batère ; Holtzer op.cit ; Société des mines métalliques de Riols exploitant les mines de Vernet et Escaro-nord ; Société des mines de Fillols.
15 A.M. Ria. Don de Marcel Holtzer et de Ménard-Dorian, en février 1904 : 300 francs ; don d’É. Pelet : 100 francs pour l’achat d’un drapeau. La caisse compte alors 106 cotisants dont les cotisations s’élèvent à 159 francs pour le mois. Elle a déposé 550 francs sur un livret de Caisse d’Épargne. Elle a 2324.70 francs, dont 610 donnés, à la fin de l’année.
16 La Montagne, 7-05-1905. Une délégation de « l’Union de Sirach » assiste également à son enterrement.
17 PRACA Edwige, Les sociétés de secours mutuels et leur union dans les Pyrénées-Orientales, XIXe-XXe s., 2000, tableau p.339.
18 FRENAY Etienne, « Les débuts du mouvement syndical dans les Pyrénées-Orientales, 1894-1914 », Cerca n°30, 1965, p.291.
19 FOUCHARD-DELARUELLE op.cit., p.177.
20 ADPO, 4M159, Février et septembre 1896. 
21 ADPO, 4M159.
22 La Dépêche, 5-02-1906.
23 ADPO 10M6. Rapport du lieutenant Bistros du 6 février : « M. Pelet a télégraphié à 7 heures du soir qu’il acceptait avec plaisir la proposition faite par M. le préfet ». Mais selon le rapport du commissaire spécial du 8 février :« Huit grévistes à Joncet auraient déclaré à six rouliers portant du minerai pour les hauts fourneaux de Ria que demain on empêcherait par la force le transport de minerai à cette usine et que les grévistes viendraient en troupe pour arrêter le travail des hauts fourneaux de Ria et couper le canal qui assure le fonctionnement de l’usine. M. Pelet serait inquiet. »
24 Le préfet Fleury  ajoute:  « Une fédération s’est en effet formée entre les groupes ouvriers d’Escaro, Vernet, Ria, Riols, Fillols, Sahorre ; elle fait en ce moment ses premières armes et montre toute l’intransigeance de la jeunesse.
25 ADPO 10 M 63. Dés le 6 févier, le directeur de la compagnie de Riols et le directeur de la compagnie Holtzer, Pelet acceptent de négocier. « M. Pelet montre un grand esprit de conciliation auxquels les mineurs eux-mêmes rendirent hommage, M. Ebrard (de Riols) fut beaucoup plus réservé ».
26Le Canigou, 24-02-1906 : «  la violente et regrettable manifestation qui amena la lapidation du siège de la Sociéte des mines de fer de Fillols. » 
27 Le Canigou, 3-03-1906. «  M. Pelet, imbu d’un grand esprit de conciliation, fait tout son possible pour arriver à une entente entre patrons et ouvriers ».
28 La convention, contenue dans un acte de sous-seing privé passé chez Me Roca entre les délégués mineurs et Pelet, est signée le 17-2-1906.
29 Rouzaud est chef-mineur de la mine de Sahorre.
30 FRENAY Etienne, « Les débuts du mouvement syndical dans les Pyrénées-Orientales, 1894-1914 », Cerca n°30, 1965, p.292.
31 Est-ce uniquement par souci de la direction de préserver l’approvisionnement des hauts fourneaux ? Est-ce l’acceptation du progrès social par les maîtres de forges, donc par leur directeur local ?
32 FRENAY Etienne, op.cit. p.297.
33 Jacob Holtzer, maire d’Unieux de 1840 à 1860, Louis Holtzer maire d’Unieux en 1893.
34 ADPO, 2 OP3293.
35 ADPO, 2 OP3292. Propos tenu en 1872.
36 CM Ria.
37 Problèmes de personnes : Kopp avait refusé la rétribution complémentaire demandée par Salgas pour des travaux à l’école ; l’instituteur Brandaly avait perdu sa salle de classe transformée en salle de réunions de la mairie et on lui en avait donné une autre, alors qu’auparavant on donnait vacances aux élèves pour les réunions, mariages, élections. Les conseillers municipaux qui dénoncent sa gestion : Aggeri, Salgas, Atgé, Anglès, Anglès Bernard.
38 ADPO, 2OP3290.
39 Il conviendrait pour la bonne compréhension de l’alternance politique à Ria, de mieux cerner la lignée Anglès. Il peut s’agir de propriétaires terriens ou d’exploitants de minerai de surface. La lutte menée contre ces derniers par les concessionnaires du sous-sol s’accentue en effet au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.
40 LH. op.cit.
41ADPO, 1M829.
42 CM Ria 12-7-1892, «  MM. J.Holtzer, Dorian et Cie, maîtres de forges à Ria, l’ont autorisé de proposer au conseil de faire tous les frais d’installation à Ria d’un bureau télégraphique et d’un bureau de poste à la condition que ces deux créations se fassent en même temps ».
43 Cette fonction est alors gratuite.
44 ADPO, 1T368.
45 TOSTI Jean, op.cit, p.68.
46 ADPO 1M829.
47 La Montagne, 31-5-1908.
48 FRENAY Etienne, CERCA op.cit., Perpignan, 1965, p.293.
49 ADPO, 1M829.
50 TOSTI Jean, op.cit., Perpignan, 1991, p.54. Des années 1880 à 1888, le clan Kopp s’oppose à la construction d’une nouvelle école de filles.
51 TOSTI Jean op.cit, p.64.
52 SOUCHE Madeleine, « La minorité protestante des Pyrénées-Orientales d’après ses registres du XIXe siècle », Domitia n°4, septembre 2003, p.107.
53 E. Bargeton, sous-préfet, H. Germain, inspecteur des mines, à Prades, H. de Frégeville, inspecteur des forêts à Corneilla de Conflent.
54 Les dames Fitaire et Crosnier, rentières à Prades.
55 Les Faivre.
56 Cet ingénieur alsacien, né à Bart, avant la perte de l’Alsace, veuf d’une Russe et père d’une jeune fille Larissa s’installe avec sa gouvernante à Prades puis à Vinça. Il perd sa fille, à 17 ans, en 1877 et finit sa vie à Ria où habite la famille de sa sœur en 1896, à 76 ans.
57 Correspondance des Holtzer, Société d’histoire de Firminy.
58 ADPO LH 1M829.
59 Le 11 avril 1896, dans une lettre ouverte à propos de l’utilisation de l’eau du canal de Ria, il s’adresse en ces termes au successeur du préfet Bonhoure : « Vous allez avoir à statuer sur la demande qu’a osé formuler M. Pelet, directeur commercial des forges de Ria, dont MM. Holtzer et Dorian, hauts barons de la finance sont propriétaires…Nouvel arrivé parmi nous l’importance de cette affaire vous a échappée… et l’avis extraordinaire inattendu de l’ingénieur et la bonne volonté évidente de votre prédécesseur M. Bonhoure, de protestante mémoire, mise au service d’un coreligionnaire, délégué au consistoire vous ont échappé au point de vue de leurs conséquences. Lors du dernier orage de grêle qui ravagea une partie de la Cerdagne, M. Bonhoure ex-préfet accepta l’hospitalité de M. Pelet. Mme la préfète était de la partie. Ces messieurs ne cherchèrent pas de nouveaux commentaires de la Bible…Le directeur commercial de Ria déploya toutes les grâces de son esprit et finit par convaincre son hôte que l’eau de notre canal, assez peu abondante déjà, peut servir à son usine et que l’on devrait pour son bon plaisir fausser le décret de concession ».
60Deux portes de l’abbaye seraient réutilisées alors dans les pièces d’apparat de la maison du directeur de l’usine.
61 ADPO 4T40.
62 Il veut construire un musée des cloîtres à New York.
63 G. MALLET, « Dispersion et restauration du cloître de Saint-Michel de Cuxa (XIX- XXe s.) », Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, XXXIII, 2002, p.147-148.
64 Relative à la vente d’objets provenant de Saint-Michel.
65 Il s’agissait de :
  1-des fragments épars de cloître, colonnes, arcades et chapiteaux,
  2-deux stèles accolées à la porte, de la maison dite de l’abbé
  3-d’une arcature de cette porte
66La semaine suivante.
67 ADPO 4U1125, Me Paul Cousin, notaire à Paris, 4-8-1909. Me Lindet, not. à Paris 16-9-1909 : dépôt AG constitutive. Officialisée le 15 janvier 1910.
68 CAMT, état des fonds, notice historique.
69 Dernier haut fourneau au bois fonctionnant en France.
70 GAVIGNAUD G. op.cit., p.187.

 

 
 
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